12-15 ans

L’ attache / F. Robert. - Ecole des loisirs. - (Médium)

Igor et Emma sont séparés suite au décès soudain de leurs parents. Emma est aussitôt adoptée par un couple d’amis de leur mère et Igor envoyé en institut jusqu’à son adoption par un couple de paysans. Nous suivons le lent cheminement personnel d’Igor pour se reconstruire. Le récit est très beau. L’écriture est constituée de phrases courtes qui rendent le livre facile à lire en dépit du peu de dialogues. Igor va tout d’abord tenter de retrouver sa sœur mais ses échecs vont vite l’amener à vivre sa vie en mode bémol, avec indifférence. Mais peu à peu, il va devoir s’ouvrir au monde qui l’entoure, à la ferme, à la campagne, à ses camarades, à lui-même. 
Quelle force accorder aux liens ? Peut-on reconstruire une relation déchirée ? Quelle valeur, quelle place donner aux parents adoptants qui vous ouvrent leur cœur ? 
Un coup de cœur pour ce livre qui peut se lire de 12 à 77 ans ! 
Autre lecture 
L’écriture particulière et très belle, précise et sensible, dit au plus près de l’intime l’errance d’Igor. Une errance formalisée par un texte non chapitré qui va et vient entre passé et présent, pelote impossible à détricoter interdisant ainsi l’accès à l’avenir. 
Avant, Igor vivait à Paris avec sa sœur jumelle, ses parents aisés. C’était avant la mort des parents, avant la séparation intolérable d’avec sa sœur. 
Aujourd’hui, il vit chez ses parents adoptifs, paysans, à propos desquels il pense : "Ils n’ont rien compris à ce que je suis, ils ont adoptés une poupée, un pantin, un doudou, un truc," Comment savoir qui il est ? Son passé est rasé, ses parents adoptifs lui dénient le peu qu’il sait de lui, il ne sait où est sa sœur… Comment vivre seul avec le sentiment si fort d’être lié à l’autre, d’abord dans la douleur et le manque, puis, après les retrouvailles, dans la plénitude de se savoir entité à part entière connecté à l’autre dans une évidence retrouvée… Telle est la force de ce roman où l’émotion pudique de tous les personnages cueille le lecteur, envoûté.

 

Celui qui manque / A. de Lestrade. - Alice. - (Tertio)

Dans cette famille nombreuse, Violette se sent envahie. Seul Moon, le plus jeune, lui inspire "une sorte de "sororité". Pas question pour autant de jouer la grande sœur cet été-là, Violette est heureuse de retrouver son amoureux. Mais la période bénie des vacances ne tiendra pas ses promesses de bonheur, le drame impose une autre réalité : Moon s’est noyé dans la piscine. Qui a laissé la porte ouverte ? 
Un texte très court, comme le couperet que représente la mort, qui aborde les étapes du deuil et se clôt sur les lendemains plus sereins, lorsque la vie reprend son court, avec celui qui manque… 
Un "journal d’auteur" explique les circonstances qui ont poussé Agnès de Lestrade à écrire ce texte, comme un partage de deuil.

Autre lecture 
Grâce à une très belle écriture mélodique et visuelle emplie de métaphores et de personnifications enfantines ("notre maison venait de fermer les yeux pour un mois"), l’écrivain parvient de manière très fine à introduire le thème de la perte d’un être aimé à travers le regard d’une adolescente. L’effervescence et la joie d’une famille, suscitée par la perspective des vacances, plonge d’emblée le lecteur dans une atmosphère qui lui permet de s’identifier immédiatement à la jeune fille. L’intériorité de Violette rehaussée par une mise en page visant à mettre en relief certaines phrases à caractère synthétique frappe le lecteur par leur force émotive et réflexive ; suite à la mort de son petit frère celle-ci s’exclame : « Personne ne comprenait comment il avait pu nous faire ça ». En d’autres termes, la disposition judicieuse des phrases tout en permettant de souligner la « justesse » du ressenti de la jeune adolescente, convie le lecteur (adulte ou adolescent) à reconnaitre l’aberration de la mort et à engager une réflexion sur l’existence entière… La mort qui entraîne irrévocablement le sentiment de culpabilité amène Violette à se croire responsable de la disparition de son petit frère. En effet, sa soif d’indépendance annexée à l’envie de s’émanciper d’une famille aussi attachante qu’encombrante n’était-elle pas à l’origine de cette perte ? 
A l’image d’un parcours initiatique, la jeune fille traverse toutes les phases du deuil : sentiment d’irréalité suscité par le traumatisme, colère, culpabilité puis douleur mise en mot : larmes ; jusqu’au rejaillissement de la vie. 
La chaleur du style déployant à la fois l’amour de la jeune fille pour son petit frère et la bienveillance de l’atmosphère familiale qui malgré la douleur de l’épreuve « continuera à vivre » permettent de faire accepter un thème difficile qui loin d’être traité de manière morbide s’insère dans la vie.

 

Le ciel est partout / J. Nelson. - Gallimard. - (Scripto)

Bailey la sœur de Lennie est décédée brutalement et laisse celle-ci en grand désarroi. Elles étaient très proches l’une de l’autre et Lennie lui vouait une véritable adoration. Elles étaient d’autant plus liées que leur mère les avait abandonnées dans leur petite enfance, les laissant à la charge de leur grand-mère. Lennie va devoir apprendre à grandir, aimer, vivre sans être dans l’ombre de sa sœur. Les personnages sont originaux dans ce livre : une grand-mère peintre qui met de la symbolique jusque dans les plantes, un oncle volage savant fou revenu vivre là aussi, un jeune prodige en musique....
Certaines situations sont audacieuses pour un roman jeunesse : Lennie et l’amoureux de sa sœur ont une relation plus qu’équivoque liée au refus de la mort de celle que l’un et l’autre aimaient plus que tout. Un récit qui ne laisse pas indifférent.

 

Comme frères / A. Fogelin. - Flammarion. - (Tribal)

Ben, 13 ans, est vraiment impatient de passer les prochaines vacances de Noël dans les Keys, près de la mer. Une perspective excitante pour lui et sa famille qui ne voyage guère. Petite ombre au tableau, il faudra veiller sur Cody, son petit frère qui ne sait pas nager. Et puis, il y a cette gamine de 11 ans qui s’incruste et ne cesse de ramener sa fraise… Entre agacement et admiration, Ben n’est pas insensible à cette Mica tellement indépendante et précoce qui voyage sur le bateau de son père à longueur d’année. Ces vacances vont constituer une période initiatique, comme une parenthèse durant laquelle Ben confronté à la responsabilité de soi et des autres, grandit d’un coup. Les jeux d’enfance ne sont pas loin mais il ose dorénavant aller de l’avant et franchir, pourquoi pas, le cap du premier baiser avec celle qu’il aime en secret ?

 

La dernière licorne / E. Kavian. - Mijade

Anna et Paula sont deux sœurs inséparables et très complices. Un jour, elles tombent dans l’escalier. L’aînée protège Paula, tombe la tête la première, devient aphasique, avec des troubles du comportement. La culpabilité de Paula la cadette est terrible. Et les relations sont à reconstruire : la mère qui surprotège Anna, Anna qui bien sûr n’est plus la même… Tout cela est bien décrit et très justement exprimé. On peut s’interroger sur la vraisemblable de certaines des situations lorsque se greffent l’euthanasie du grand-père et l’hospitalisation d’Anna (en réalité, Paula se fera passer pour sa sœur, pour l’aider à prouver son indépendance). Mais il est intéressant de voir Paula entrer dans la peau d’Anna et, par là, trouver sa propre identité. Un beau roman sur la différence, plein de sensibilité et d’amour.

 

Grève ! / I. Rossignol. - Ecole des loisirs. - (Théâtre). 2013

Depuis la mort de sa femme, le père de Natacha et Pauline a baissé les bras. Ses filles vont tenter, tour à tour, de lui faire reprendre le chemin de la vie. Grève, ultimatum, douceur, tous les moyens sont bons pour retrouver leur père. 
Une pièce en six scènes pour évoquer la peur, la tristesse, l’impossible deuil d’un être cher mais aussi le pouvoir du langage et des mots pour continuer à vivre malgré tout. Un livre qui sonne juste. 
« Dimanche 6 mars : plus de lait ni de chocolat pour le petit-déjeuner. Lundi 7 mars : boîte de céréales vide et toujours pas de lait ni de chocolat. Mardi 8 mars : sans la cantine, je n’aurais mangé qu’une tranche de jambon aujourd’hui. Mercredi 9 mars : la situation est identique à celle d’hier. »

 

Le jeu du chevalier / K. Pearson. - Albin Michel. - (Wiz)

Canada, fin des années 50. Après la mort accidentelle de leur mère, cinq enfants se réfugient dans un jeu mené par Sébastien l’ainé : ils deviennent les Chevaliers de la table ronde dont ils respectent les comportements supposés dans leur vie quotidienne (« Tu ne mentiras pas, tu ne pleureras pas » …) , se retrouvent dans une cabane pour des lectures ou des cérémonies « secrètes », se créent un monde à part réservé uniquement à eux cinq. Cette fuite dans l’imaginaire est d’autant plus facile que leur père s’est enfermé dans son travail et son bureau et laisse finalement les enfants livrés à eux-mêmes. 
Sébastien à la tête de la tribu familiale prend en charge le quotidien avec Rose et Carie (la narratrice). Il se sent héroïque et chevaleresque. Il est chevalier, il est Lancelot, et ses frères et sœurs sont écuyers, pages, chevaliers ! Sébastien perd bientôt tout discernement, persuadé d’être une réincarnation de Lancelot. Le jeu tourne au drame... 
C’est un roman vraiment prenant qui aborde la difficulté du deuil auquel chacun tente d’échapper : silence sur la disparue dont on ne parle jamais en famille, refuge dans la solitude, rejet du monde extérieur, tentative d’échapper à la réalité. Il montre aussi quel chemin il faut parcourir pour retrouver un équilibre et une autre manière de vivre. Tout en abordant un thème grave, le texte n’est pas pesant, on découvre au fil du récit l’enjeu véritable du jeu mis en place, vécu comme des instants plaisants et amusants puis sa remise en cause parce que chacun grandit et a besoin de s’ouvrir au monde.

 

Le journal de ma sœur / A. Poiré. - Seuil. - (Chapitre)

Pas toujours facile d’avoir une grand sœur. Chamailleries, jalousies, mais liens très forts malgré tout. Que reste-t-il après la mort ? Comment gérer la culpabilité ? Les petites vacheries, l’amour qu’on n’a pas dit, puis la difficulté de trouver sa place dans une famille meurtrie, sans oser s’affirmer. Patrice tente tant bien que mal de faire face mais il ne retrouvera la sérénité qu’en trouvant la preuve, en lisant le journal de sa grande sœur, qu’elle l’aimait. 
Roman sur le deuil un peu rapide mais assez bien senti.

 

Ma sœur vit sur la cheminée / A. Pitcher. - Plon

Pour Jamie, 11 ans, narrateur de cette histoire, la vie est semée d’embûches. Depuis que Rose, la jumelle de Jasmine, est morte dans un attentat à Londres, son père boit, sa mère est partie avec un autre homme et Jasmine, qui tente d’exister par elle-même, ne se nourrie presque plus. Mais elle, au moins, est là pour son frère et inversement. Et heureusement car les adultes ne gèrent plus rien. Soumya est là également, nouvelle camarade de classe, mais son père ne doit rien savoir de leur amitié : ce sont les musulmans qui ont tué sa fille et il leur voue une haine farouche et aveugle. Les choses vont de mal en pis mais James n’est pas prêt à laisser sombrer sa famille. Il est persuadé qu’une émission de téléréalité peut les sauver. 
C’est toute la souffrance d’une famille qui est disséquée ici, avec la solitude dans laquelle chacun se mure. Mais la solidarité entre James et Jas, plus forte que le drame, permettra à chacun de se relever. 
Larmes assurées pour peu qu’on se laisse porter par l’histoire. Mais le regard plus détaché du jeune Jamie évite le mélo et assure au roman dur et intense une note d’espoir…

 

Moi, mon frère et le nouveau / M. Heesen. - Thierry Magnier

Le milieu dans lequel évolue Toon, le narrateur, son frère aîné Jan et leurs parents est particulier puisqu’ils sont famille d’accueil. Ils voient ainsi défiler des enfants et adolescents aux parcours singuliers, difficiles. A travers 6 chapitres et autant de portraits de personnages qui arrivent et repartent de la vie de Toon, nous suivons les histoires parcellaires d’êtres blessés que le jeune Toon tente de comprendre et accompagner tandis que son frère Jan s’agace et se révolte contre tous ces chamboulements. On ressent le besoin des garçons d’être enfin seuls en famille. Il est pourtant évident par ailleurs que le contact des autres enfants les déroutent, les interrogent, les font mûrir. Le lecteur vit toutes ces interactions au rythme de Toon, dans un style haché, avec un manque apparent de recul qui montre un narrateur tour à tour inquiet, pantois, décontenancé, impatient aussi... 
Une auteure néerlandaise qui après Le jour de toutes les dernières fois, nous invite dans une ambiance à la fois inquiétante, drôle, cruelle et très tendre. 
Autre lecture 
C’est la vie de Toon, 10 ans, qui serait totalement banale, voire ennuyeuse entre son frère aîné Jan et ses parents. Mais ceux-ci ne résistent jamais quand ils sont contactés par les services sociaux pour être « famille d’accueil ». C’est ainsi que défilent Rufus, Gerrit, Aquila et bien d’autres, qui viennent ainsi pimenter le quotidien d’une famille si ordinaire… 
Chaque enfant accueilli fait l’objet d’un chapitre, comme un recueil de nouvelles où domine chaque fois une tonalité différente : fantastique, humour, émotion… Un livre qui se lit avec plaisir, qui dédramatise le sujet des enfants placés, même si parfois le lecteur reste un peu sur sa fin et aimerait en savoir plus sur le devenir ou l’évolution de certains enfants !

 

Pourvu que tu m’aimes / V. Campomar. - Seuil. - (Karactère(s)

Voici un an que Mathilde a perdu sa sœur et tous autour d’elle imaginent que chacun de ses gestes, de ses paroles, est influencé par ce deuil et sa peine. Elle étouffe parce qu’on ne lui reconnaît le droit d’être soulagée par la mort d’une sœur aînée qui multipliait les remarques humiliantes et assassines. Néanmoins, auprès de sa grand-mère, elle peut véritablement être elle-même et lui confier ses tourments. Elle comprend aussi grâce à elle -et malgré elle- que leur rancœur pourrait bien trouver sa source dans le passé, dans les relations entre cette grand-mère et sa sœur. Forte de ce passé, elle se sent le courage de révéler à ses parents qu’elle ne peut partager comme ils l’imaginent leur peine immense. 
Un roman qui ose dire la haine dans la fratrie, en dépit du deuil.

 

Route 225 / C. Fujino. - T. Magnier

Une ado de 14 ans et son frère de 13 se retrouvent étrangement prisonniers d’un monde parallèle, très ressemblant au réel et dont ils ne peuvent sortir malgré leurs raisonnements et leurs essais. L’écriture est simple, basée essentiellement sur les dialogues du frère et de la soeur, et sert remarquablement le rendu de la vie psychique adolescente : angoisse, humour grinçant, sexualité sous-jacente, interrogations sur ce que l’on quitte et ce que l’on trouve.
L’histoire peut se lire à plusieurs niveaux : un niveau "simple" qui serait un récit fantastique, un niveau secondaire qui rendrait compte du mécanisme de défense psychologique de deux jeunes sous le choc d’une perte brutale (en l’occurrence la disparition des parents).
Un livre fascinant à plusieurs points de vue, qui en a dérouté plus d’un.

 

Une vie merveilleuse / D. Brisson. - Syros. - (Tempo+). 2014

Un concept original : dérouler l’histoire à partir d’un mot dont la première lettre correspond à chaque fois à une lettre de l’alphabet. 
Dès la lettre A, on comprend qu’il va arriver quelque chose à la sœur du narrateur et le suspense augmente au fur et à mesure qu’on la voit « sombrer ». Chaque chapitre nous dévoile un peu plus de leur vie en partant d’un mot. Le regard que le narrateur porte sur sa sœur et sur sa relation avec elle, la conception qu’il a de la vie, son éternel optimisme, tout cela est très prenant. Leurs prénoms dévoilés à la fin est comme la cerise sur le gâteau pour une fin en apothéose. 
Autre lecture 
Un abécédaire en hommage à sa sœur adorée. Yann ne reconnaît plus Zoé qui, à l’adolescence, devient colérique, renfermée, agressive. Elle qui était si enjouée, espiègle, imaginative est devenue solitaire et ne tolère que la présence de sa souris et -si peu- celle de ce frère qui se démène pour l’aider comme il peut (que font les parents ?). Même après le drame, il sera là, aux côtés de cette sœur aînée qui lui a, un jour, prédit une vie merveilleuse… 
Une crise d’adolescence dans ses paroxysmes, mais aussi une très belle relation fraternelle. 
(A noter un passage sur Facebook et les lynchages décomplexés que l’on peut y lire).

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